L’IA qui déniche des pépites pour les DMC
Comment une DMC trouve des expériences uniques hors des plateformes, pourquoi ça rend sa prod non comparable, et la skill Claude qui fait le premier passage.
· Alexia Lafitau

Pour un DMC, la prod est devenue la meilleure protection contre la comparaison des prix, qu'elle vienne des plateformes ou des agents IA. Les pépites qui font la différence se trouvent rarement sur Booking ou Viator : il faut aller les chercher dans la langue du pays, puis construire la relation soi-même. Une skill Claude branchée sur Linkup fait ce premier travail de recherche en 5 à 45 minutes.
Pourquoi la prod fait-elle aujourd'hui toute la différence pour un DMC ?
Pendant longtemps, on a pu vivre de notre rôle d'intermédiaire. Le voyageur était beaucoup moins autonome, réserver une petite posada à Valladolid depuis Lyon n'avait rien d'évident, et c'était normal qu'il nous paie pour ce travail.
Aujourd'hui, entre les plateformes de réservation et les agents IA, n'importe quel voyageur peut reconstituer un itinéraire, retrouver les prestataires et deviner notre marge ligne par ligne. Si mon devis propose les mêmes hôtels et les mêmes excursions que trois autres DMC, il ne reste plus grand-chose pour nous départager, à part le prix.
Je suis convaincue que notre valeur ajoutée se joue de plus en plus sur la prod. Une prod affirmée, c'est notre ADN : elle rend notre proposition difficile à comparer et, quand on fait bien les choses, impossible à reproduire sans nous. Chez Mexikoo, ça a aussi changé notre façon d'occuper le terrain. En développant d'autres régions, notre production s’est diversifiée au-delà du Yucatán. Et dépendre moins des trois mêmes sites saturés, c'est bon pour tout le monde.
Qu'est-ce qui rend une expérience vraiment difficile à copier ?
Il y a deux choses qu'on a tendance à mélanger, et que j'appelle les deux remparts de la prod.
Le premier tient quand l'expérience n'est pas comparable : personne d'autre ne la propose, il n'existe donc aucun prix de référence, et le voyageur ne peut pas poser notre devis à côté d'un autre pour faire ses comptes. Le second tient quand elle n'est pas reproductible : même s'il connaît l'idée, le voyageur ne peut pas l'organiser seul, parce que tout passe par une personne, un créneau négocié, une relation de confiance. Il n'y a ni site internet, ni bouton « réserver ».
Prenez Mérida. La skill m'a suggéré d'emmener des voyageurs voir un match des Leones de Yucatán au parc Kukulcán. La saison de la Liga Mexicana de Béisbol commence en avril, on trouve des places en tribune populaire à partir de 250 pesos pour une série de trois matchs [1], et toute la ville y va autant pour l'ambiance que pour le jeu, avec les kibis au fromage de boule, les polcanes et les hojaldras qu'on vous vend dans les gradins [2]. Ça fait onze ans que je vis ici et je ne l'avais jamais mis dans un itinéraire. Sur le premier rempart, c'est imbattable : aucun voyageur n'y pense en préparant son voyage au Mexique. Sur le second, en revanche, c'est fragile, puisque les billets se vendent en ligne et que n'importe qui peut reprendre l'idée.
Ce qui la rend difficile à copier, c'est tout ce qu'on construit autour : avec qui on y va, ce qu'on goûte, ce qu'on comprend du lien entre une ville et son équipe. Une bonne prod cherche à réunir les deux remparts, parce que celle qui n'a que le premier finit toujours par être copiée.
Où trouver des expériences uniques quand elles ne sont pas sur les plateformes ?
Il faut les chercher dans la langue du pays, en tenant les grandes plateformes à distance, et chez des gens plutôt que chez des opérateurs. Dans la pratique, je m'appuie sur quatre règles.
La première, c'est de chercher dans la langue locale. Tapez une requête en anglais sur un village mexicain et vous tombez sur TripAdvisor ; tapez-la en espagnol et vous tombez sur la presse de l'État, les blogs de journalistes locaux, les annuaires de coopératives. La deuxième, c'est d'écarter Booking, Viator, GetYourGuide, TripAdvisor ou Airbnb pendant la phase de découverte, et de ne s'en servir qu'ensuite, pour vérifier si un prestataire est déjà partout. La troisième, c'est d'aller fouiller là où personne ne regarde : les annonces de lieux de mariage ou de tournage pour dénicher des hébergements de caractère, la presse régionale, les associations d'artisans, les stations de recherche. La quatrième, c'est de relancer une recherche sur chaque nom propre croisé en chemin, un artisan cité dans un article, un hameau mentionné une seule fois, parce que c'est souvent là que se cachent les meilleures pistes.
Derrière une belle expérience, il y a presque toujours une personne. Quand une piste n'a pas de nom propre, elle reste en général assez faible.
Comment fonctionne la skill de chasse aux pépites ?
C'est la deuxième skill de la série que j'avais annoncée dans mon comparatif des IA pour agence réceptive, après le scan qualité de roadbook. Si le mot « skill » ne vous parle pas encore, voyez-la comme une recette de cuisine pour l'IA : des instructions écrites une bonne fois pour toutes, que l'IA suit à la lettre, si bien que le résultat est le même quelle que soit la personne qui la lance.
- 01CadrageVos clients, votre zone, vos critères
- 02Repérage de zoneQuatre micro-zones avant de chercher
- 03Recherche hors plateformesLangue locale, grandes plateformes exclues
- 04Deuxième vagueRelancer sur les noms propres repérés
- 05Filtres avant le scoreÉthique, contact réel, signe de vie
- 06Score sur 21Rareté, caractère, histoire
- 07Fiche d’appelContacts, questions, pistes et angles morts
Elle travaille en sept étapes. Elle commence par vous poser quelques questions, en quatre écrans courts : vous cherchez des hébergements, des expériences ou les deux, à quelle profondeur, sous quel format, dans quelle langue, et surtout pour quel type de clients. Vous pouvez aussi lui coller la liste de vos prestataires actuels, pour qu'elle ne vous ramène que des nouveautés. Si vous lui donnez un pays entier, elle repère d'abord quatre micro-zones où les petites structures de caractère sont les plus nombreuses, avant de lancer quoi que ce soit.
Vient ensuite la recherche proprement dite, hors des plateformes, dans la langue du pays et en anglais. Elle couvre six familles : savoir-faire, art et ateliers d'artistes, sport et passion locale, musique et scène, nature et science, table et terroir. Ce n'est pas un détail, parce qu'une recherche livrée à elle-même part toujours vers l'artisanat et la cuisine, qui sont les mieux référencés. Puis elle relance une deuxième vague sur les noms propres repérés au passage.
Avant de noter quoi que ce soit, elle fait le tri. Une piste sans source ni contact réel part en annexe, une piste sans signe de vie depuis dix-huit mois est signalée à vérifier. Sur les rencontres avec des communautés ou les activités avec des animaux, elle applique des critères stricts, et ce qu'elle ne peut pas trancher depuis un bureau, elle le transforme en question à poser au téléphone. Elle attribue ensuite une note sur 21, qui tient compte de la rareté, du caractère, de l'histoire et de la présence d'une personne identifiable, avec un test tout simple : le voyageur racontera-t-il ce moment en une phrase, au dîner, en rentrant chez lui ? Enfin, elle livre une fiche d'appel pour chaque pépite : contacts, sources, capacité, place possible dans un itinéraire, et trois questions précises à poser lors du premier échange.
Un détail auquel je tiens : qu'un prestataire n'ait ni tarif net, ni contrat, ni facture ne joue jamais contre lui. C'est même plutôt bon signe, ça veut dire que personne ne l'a encore industrialisé.
La dernière partie du livrable est celle que je préfère : des pistes d'expériences à créer. La skill croise ce dont le lieu a vécu, ce qu'il a d'unique, ce qui s'y passe à date fixe et ce que tout le monde vend déjà ; ce qui ressort des trois premiers sans jamais apparaître dans le quatrième, c'est votre liste. Elle ne conçoit pas l'expérience à votre place. Elle vous indique une histoire et la porte où frapper, et c'est avec la personne qui détient le savoir-faire que l'expérience se construit.
Combien de temps prend une recherche ?
Tout dépend du mode choisi. En Express, elle se concentre sur une ville et rend 10 à 15 fiches en cinq minutes environ. En Standard, elle couvre une région resserrée et rend 20 à 30 fiches en un quart d'heure. En Deep, elle explore une région entière pendant 40 à 45 minutes et va vraiment chercher dans les recoins d'internet.
Je vous préviens, c'est une skill gourmande : elle consomme des crédits Linkup et une bonne partie de votre quota Claude, surtout en Deep. Commencez par un Express sur une ville que vous connaissez par cœur, c'est encore la meilleure façon de juger ce qu'elle vaut.
Qu'a-t-elle trouvé sur le terrain ?
Je l'ai testée sur deux destinations : Valladolid, que je connais bien, et Ohrid, en Macédoine du Nord, où je n'ai jamais mis les pieds.
À Valladolid, en mode Standard, elle a examiné 43 candidats et en a retenu 7. Son premier constat est peut-être le plus utile : le centre est saturé. Six hôtels boutique de la même rue sont sortis d'une seule requête, avec exactement le même discours, et elle conseille de ne pas perdre son temps à chercher là. Elle m'a ensuite remonté trois pistes que je ne vendais pas.
Sous l'ancien couvent de San Bernardino de Siena, que tous les visiteurs prennent en photo, se trouve le cenote Síis Já, où l'INAH a documenté 153 armes jetées à l'eau en 1847 et 1848, pendant la guerre des castes [3]. La skill prévient tout de suite qu'il ne s'agit pas de plongée, le site étant protégé : tout l'intérêt est dans le récit, et elle propose de négocier une heure et demie avec l'équipe d'archéologie subaquatique de l'INAH.
Il y a aussi les Amazonas de Yaxunah, une équipe de softball de femmes mayas qui jouent pieds nus et en hipil, et qui ont battu une équipe universitaire 22 à 3 en Arizona en 2023 [4]. La skill leur donne une très bonne note, puis pose trois garde-fous : elles sont déjà connues, le risque d'en faire un spectacle est le plus élevé de tout le document, et seul un format décidé par elles est acceptable. C'est le réflexe que j'attends d'une collègue de terrain.
Enfin, elle a fait ressortir une histoire économique qui contredit le récit habituel : l'est du Yucatán n'a jamais été une terre d'henequén, mais de maïs, de bétail et de canne à sucre, et 110 des 117 haciendas recensées autour de Valladolid ont fermé pendant la guerre [5].
À Ohrid, en mode Express, elle a passé en revue une trentaine de candidats pour retenir 3 pépites confirmées, 4 pistes solides et 3 à creuser. On y trouve un atelier familial qui fabrique encore du papier à la main selon une technique arrivée à Ohrid au XVIe siècle, avec une presse copiée sur celle de Gutenberg, et dont elle souligne la fragilité, puisque tout repose sur une seule personne. On y trouve aussi le gjomleze, une pâte feuilletée cuite sous cloche, spécialité emblématique de la ville que la presse locale dit pourtant introuvable dans ses restaurants, et qu'on peut goûter fin août dans un village voisin, préparée par des habitantes qui se disputent la meilleure recette. Et elle propose une expérience à créer : une matinée avec l'Institut hydrobiologique d'Ohrid, qui étudie depuis 1935 un lac vieux de plusieurs millions d'années.
Ce qu'elle choisit d'écarter compte tout autant. À Ohrid, elle a volontairement laissé de côté la pêche avec un pêcheur du coin, parce que le lac est sous concession stricte et que ses espèces endémiques sont braconnées. Et dans les deux cas, elle dit sans détour ce qui manque : trois familles sur six restées vides à Valladolid, aucune discipline locale trouvée à Ohrid.
De mon côté, après onze ans à faire tourner une DMC au Mexique, je pensais connaître l'histoire économique du Yucatán : pour moi, c'était l'henequén, l'or vert des haciendas autour de Mérida. Cette recherche m'a appris que l'est de la péninsule vivait d'autre chose, du maïs, du bétail et de la canne transformée en panela et en aguardiente, et que l'accaparement des terres à maïs des Mayas par les propriétaires de canne figure parmi les causes directes du soulèvement de 1847. Nos voyageurs passent par Valladolid sans que personne ne leur raconte cette histoire, et honnêtement, je ne la racontais pas non plus.
Je ne connaissais pas non plus les Amazonas de Yaxunah, qui jouent à une heure de Valladolid. Elles ont commencé en 2018 avec des planches de bois en guise de battes, face aux garçons du village, et en 2022 elles ont joué au parc Kukulcán, le stade des Leones, celui-là même que la skill m'avait suggéré pour Mérida. Ce que je retiens surtout, c'est qu'elles jouent pieds nus et en hipil non pas par folklore, mais parce qu'un uniforme coûtait 1 600 pesos pour deux sœurs. C'est typiquement le genre de détail qui change la façon de raconter une histoire, et qui pèse dans la décision de la proposer ou non.
Il y a quelques semaines, j'ai lancé la skill en direct pendant un atelier IA, devant une quarantaine de DMC qui l'ont chacun testée sur leur propre destination. Ce que j'ai vu dans la salle ce jour-là m'a convaincue de la partager.
Pourquoi brancher Linkup, et comment l'installer ?
Parce que Claude comme ChatGPT, livrés à eux-mêmes, cherchent assez mal sur internet : ils lancent peu de requêtes, souvent en anglais, et tombent surtout sur les gros sites. Linkup est un moteur de recherche pensé pour les IA, qui permet de chercher dans la langue locale, d'écarter des domaines entiers et de lire une page en entier. Sans lui, la skill s'arrête d'elle-même, parce que travailler de mémoire, c'est prendre le risque d'inventer des hôtels qui n'existent pas.
- Créez votre compte sur Linkup avec votre email professionnel et récupérez votre clé API. Les comptes professionnels éligibles reçoivent un crédit de départ de 20 dollars, selon les conditions de Linkup.
- Dans Claude, ouvrez Personnaliser > Connecteurs > Ajouter un connecteur personnalisé.
- Nommez-le Linkup et utilisez
https://mcp.linkup.so/mcp?apiKey=VOTRE_CLE_API, en remplaçant le dernier élément par votre clé personnelle. - Activez Linkup dans une nouvelle conversation et demandez-lui de rechercher des ateliers dans une ville connue.
- Pour importer la skill, téléchargez sa version ZIP, puis ouvrez Personnaliser > Skills > Créer une skill > Importer une skill. Activez la skill et commencez par un Express.
Votre clé API est personnelle : ne la partagez jamais. Sur un compte d’équipe, les autorisations peuvent dépendre de votre administrateur.
→ Recevoir la skill et les exemples complets
Pourquoi le DMC de demain devra-t-il inventer ses propres expériences ?
Les voyageurs cherchent de plus en plus des endroits que les autres n'ont pas vus, et l'impression d'avoir vécu un voyage qui n'appartient qu'à eux. Je suis convaincue que les DMC qui tiendront sont ceux qui créent des expériences qui n'existent pas sans eux. Pas un catalogue de prestataires, une vraie écriture.
Ça demande du temps, et c'est là que je vois l'IA comme un levier. Le temps qu'elle nous fait gagner sur la recherche, on peut le remettre dans ce qu'elle ne sait pas faire : décrocher son téléphone, aller voir sur place, construire avec les gens. En gardant une limite en tête : chaque pépite a un seuil au-delà duquel elle change de nature. Si deux cents clients par an passent chez la même brodeuse, son atelier finit par devenir une boutique. La skill estime ce seuil pour chaque fiche, et c'est un chiffre à respecter, pour elle comme pour vous.
Une fois appelés et validés, ces prestataires trouvent leur place dans votre base produits Odys, là où vos devis viendront les chercher.
FAQ
Comment trouver des prestataires qui ne sont pas sur Booking ou Viator ? En cherchant dans la langue du pays, en excluant les plateformes pendant la découverte, et en fouillant la presse régionale, les associations d'artisans et les annonces de lieux de mariage. Puis en relançant une recherche sur chaque nom propre repéré.
Qu'est-ce qu'une expérience non reproductible pour un voyageur ? Une expérience qu'il ne peut pas organiser seul même s'il en connaît l'existence, parce que l'accès passe par une personne ou un accord que seule l'agence détient.
Faut-il un abonnement payant pour utiliser cette skill ? Les skills et les connecteurs fonctionnent mieux sur un plan Claude payant, et la recherche consomme des crédits Linkup. Le crédit de départ de 20 dollars proposé aux comptes professionnels éligibles par Linkup permet de tester en mode Express.
La skill remplace-t-elle le repérage terrain ? Non. Elle remplace la recherche internet qui précède le terrain. Les meilleures pépites viennent encore des guides, des chauffeurs et des visites sur place.
Pourquoi Claude a-t-il besoin de Linkup pour chercher sur internet ? Parce que sa recherche native est limitée en nombre de requêtes et en contrôle. Linkup permet de chercher dans la langue locale, d'exclure des sites et de lire des pages entières, ce qui change complètement ce qu'on trouve.
Une pépite trouvée sur internet n'est qu'un nom. Elle devient de la prod le jour où quelqu'un décroche le téléphone.
Sources
- Quadratín Yucatán, prix de la série inaugurale 2026 des Leones
- Yucatán Today, Leones de Yucatán et la cuisine du stade
- Tus Buenas Noticias, l'INAH documente 153 armes de la guerre des castes dans un cenote de Valladolid (avril 2026)
- Wikipedia (es), Amazonas de Yaxunah
- El Bable, haciendas sucrières de Valladolid et d'Espita
- Claude Help Center, connecteurs personnalisés
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